Tribute to the masters

Yaacov Agam - Carlos Cruz Diez - Piotr Kowalski - Manuel Mérida - Armando Reveron - Francisco Salazar - Jesus Rafael Soto

28 Septembre - 30 Novembre 2023

Diaporama

Cette année, le Venezuela commémore le centenaire de la naissance de deux grands maîtres de l’art cinétique : Jesús Rafael Soto et Carlos Cruz-Diez. À cette occasion, Espace Meyer Zafra, galerie engagée depuis plus de vingt ans dans la défense de l’abstraction géométrique vénézuélienne, a le plaisir de présenter une exposition collective intitulée Hommage aux Maîtres. Des œuvres historiques de Carlos Cruz-Diez et Jesús Rafael Soto y seront présentées, aux côtés de créations d’artistes entretenant des liens visuels évidents avec leur démarche, tels que Yaacov Agam, Francisco Salazar, Manuel Mérida, Piotr Kowalski et Armando Reverón.

« Prendre un élément, une ligne, un morceau de bois ou de métal, et le transformer en pure lumière » : ces mots de Jesús Rafael Soto résument parfaitement sa conception de l’art. Que ce soit dans Vibration Coquilles (1996) ou dans les deux œuvres de la série Ambivalences, Carré Noir (1991) et Verde y Tabaco (1994), l’artiste crée des phénomènes visuels troublants fondés sur la perception du mouvement. Vibration Coquilles se compose d’un rectangle rose dans sa partie supérieure et d’un cadre dans sa partie inférieure, devant lequel sont suspendues de fines tiges métalliques. Selon les déplacements du spectateur, ces tiges apparaissent et disparaissent, produisant un effet vibratoire caractéristique. Les deux autres œuvres appartiennent à la série Ambivalences, influencée par les recherches de Piet Mondrian. Les carrés en relief qui composent ces œuvres semblent avancer ou reculer selon l’angle de vision, générant une illusion spatiale particulièrement saisissante.

Deux œuvres de Carlos Cruz-Diez sont également réunies dans cet hommage. La première appartient à la célèbre série des Physichromies, initiée en 1959. Ce corpus vise à révéler certaines conditions d’apparition de la couleur. Comme l’indique le Studio Cruz-Diez, la Physichromie agit comme un « piège à lumière » dans lequel différentes structures colorées interagissent et se transforment mutuellement, produisant des gammes chromatiques qui n’existent pas sur le support lui-même. La Physichromie 2567 présentée ici est divisée verticalement en trois bandes recouvertes de PVC, générant un monochrome bleu d’un côté et orange de l’autre. La seconde œuvre est un multiple édité par la Galerie Denise René en 1968. Les multiples constituaient alors une innovation majeure dans le contexte de l’essor de l’art cinétique. Chromointerférence Série C est une œuvre motorisée dans laquelle un premier disque circulaire oscille devant un second disque aux nuances chromatiques similaires, perturbant la vision du spectateur.

Yaacov Agam était déjà une figure importante de la scène parisienne lorsqu’il rencontra Jesús Rafael Soto, qu’il introduisit auprès de la Galerie Denise René. Cette rencontre fut à l’origine d’une relation durable entre les deux artistes. Comme dans tout mouvement artistique du XXᵉ siècle, les artistes se côtoient, échangent et s’influencent mutuellement. Les deux œuvres présentées dans cette exposition témoignent de cet intérêt partagé pour la participation active du spectateur. À l’instar des œuvres de Cruz-Diez, le visiteur doit se déplacer pour découvrir de nouvelles perceptions. Mais alors que chez Cruz-Diez la couleur se transforme, chez Agam la forme elle-même évolue et semble accéder à une quatrième dimension. Qu’il s’agisse de Metzulot (Fond marin), huile sur aluminium, ou d’Espoir, huile sur soie, l’image perçue se métamorphose continuellement au gré des déplacements du regardeur.

L’œuvre de Francisco Salazar s’inscrit dans cet hommage à travers ses recherches sur la lumière. Dans Dématérialisation (1975), chaque espace est constitué de subtiles variations lumineuses créant des zones où la lumière semble constamment se modifier. Son travail alterne atmosphères positives et négatives, activant la texture même du support constitué de carton ondulé. En travaillant directement cette matière, Salazar introduit également une dimension physique supplémentaire qui multiplie les phénomènes lumineux grâce au jeu des ombres.

Né au Venezuela en 1937, Manuel Mérida appartient à la seconde génération des artistes cinétiques. Son passage dans l’atelier parisien de Carlos Cruz-Diez lui permet d’assimiler les principes fondamentaux du mouvement. Plus libre que ses prédécesseurs, Mérida introduit cependant une dimension profondément matérielle dans cette esthétique. Grâce à l’utilisation de pigments, de sable, de cendres, de débris, de particules métalliques ou de bois peint au sein de ses cercles mobiles, il place l’aléatoire au cœur de sa démarche artistique. Il exploite ce potentiel pour créer des œuvres en perpétuelle transformation.

À l’instar de Yaacov Agam, Piotr Kowalski provient d’un autre horizon géographique, mais s’inscrit pleinement dans cette histoire. Proche des artistes vénézuéliens, et notamment de Manuel Mérida, il participe aux côtés de Cruz-Diez, Soto et Agam à plusieurs expositions majeures consacrées à l’art cinétique, parmi lesquelles Lumière et Mouvement au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en 1967 ou Dynamo au Grand Palais en 2013. Comme chez les artistes précédemment évoqués, la participation du spectateur est essentielle à l’existence même de l’œuvre. Perspective Néon partage avec l’art cinétique le rejet des catégories traditionnelles de la peinture et de la sculpture. Réalisée en 1973, cette œuvre présente le mot « Perspective » inscrit selon les règles mêmes de la perspective, les lettres grandissant progressivement. Kowalski y critique avec ironie ce mode de représentation fondamental dans la pensée occidentale.

Exceptionnellement, cette exposition présente également une œuvre historique d’Armando Reverón, figure majeure de l’art latino-américain du XXᵉ siècle. Sa célèbre période blanche a profondément marqué plusieurs artistes cinétiques dans leur réflexion sur la lumière et la vibration, en particulier Francisco Salazar, comme l’a démontré Sebastián Sarmiento. Le paysage El Tamarindo, issu de sa période sépia, révèle une lumière si intense qu’elle confère à l’œuvre une dimension presque abstraite.

À travers cet hommage rendu aux maîtres à l’occasion du centenaire de leur naissance, l’exposition entend mettre en lumière l’importance fondamentale du phénomène lumineux dans l’art cinétique. Car la moindre variation de lumière modifie subtilement les relations établies au sein de l’œuvre, transformant un tableau unique en une succession ininterrompue d’événements visuels.