Rétroviseur

Manuel Mérida

06 Février - 10 Juillet 2021

Diaporama

Depuis près de cinquante ans, Manuel Mérida développe une technique singulière fondée sur les multiples possibilités offertes par la matière. Du 6 février au 27 mars 2021, Rétroviseur se présente comme une exposition rétrospective consacrée à son parcours.

Peintre, décorateur, concepteur publicitaire et scénographe, Manuel Mérida naît le 25 novembre 1939 à Valencia, au Venezuela. Il est formé à l’École des Arts Plastiques Arturo Michelena de sa ville natale sous la direction du peintre Braulio Salazar, figure déterminante dans son parcours artistique.

Considéré comme un peintre informel dans les années 1960, son travail connaît une certaine reconnaissance au Venezuela. Cependant, animé par un désir constant d’expérimentation, il quitte Caracas pour Paris en 1968. C’est dans cette ville que son œuvre trouve sa véritable origine.

À son arrivée, Manuel Mérida rejoint l’atelier de Carlos Cruz-Diez. En travaillant auprès du maître vénézuélien, il traverse une période d’expérimentation intense, sans encore savoir précisément ce qu’il recherche. Les nombreuses discussions avec Cruz-Diez et sa réflexion sur l’art cinétique lui permettent de comprendre les principes fondamentaux de ce mouvement et de mesurer l’importance que le mouvement pourrait prendre dans sa propre pratique.

Toutefois, comme le souligne Valentina Locatelli :

« Contrairement à Soto ou Cruz-Diez, Mérida ne s’intéresse ni aux processus de dématérialisation ni aux illusions optiques fondées sur les interactions entre lumière et vibration. Il préfère travailler avec des éléments concrets et tangibles afin d’en souligner avant tout la matérialité. Dans ce contexte, son activité dans la publicité et la scénographie s’est révélée essentielle, lui apportant une maîtrise technique et pratique des matériaux, de la mécanique et, surtout, une compréhension profonde de l’espace et de l’architecture, qui demeure aujourd’hui encore au cœur de ses installations monumentales. »

À l’occasion de Rétroviseur, Manuel Mérida présentera d’ailleurs une nouvelle installation monumentale mettant en évidence l’importance de la scénographie dans son travail.

À Paris, Manuel Mérida rencontre de nombreux artistes avec lesquels il noue des amitiés durables, parmi lesquels Sergio Camargo, Carlos Cruz-Diez ou encore Lygia Clark, pour laquelle il réalisera deux Bichos. C’est notamment au contact de Clark qu’il découvre une dimension de l’art qui lui paraît essentielle : l’expérience sensorielle du spectateur.

Dans l’exposition, le visiteur pourra participer directement au processus créatif de l’artiste en manipulant manuellement plusieurs boîtes circulaires réalisées dans les années 1980 et 1990. Celles-ci contiennent une grande variété de matières : pigments, papiers colorés découpés, bois, sable, métal oxydé, confettis, matériaux de construction ou encore débris divers.

À partir des années 1970, Mérida intègre de nombreux matériaux non conventionnels à son travail. Contrairement aux artistes matérialistes, il s’affranchit progressivement de la toile pour enfermer ces matières dans des boîtes de plexiglas. Il réalise alors ses premières œuvres carrées, notamment les séries Crashel et Cajas Manipulables, présentées en 1973 à la Fondation Sala Mendoza de Caracas.

À partir de cette période, Mérida se rapproche davantage de l’art cinétique en faisant du mouvement un élément décisif de son œuvre. Il cherche à éviter toute vision fixe et définitive, préférant jouer avec les variations infinies de la matière. L’exposition Rétroviseur permet notamment de redécouvrir cette première phase de recherche autour du carré grâce à la présentation de l’œuvre Carré Écolier.

Comme l’écrivait Pontus Hultén dans son texte Mouvement-Temps ou la quatrième dimension des arts plastiques cinétiques :

« Le mouvement est une étincelle de vie qui rend l’art humain et véritablement réaliste. Une œuvre d’art dotée d’un rythme cinétique qui ne se répète jamais est l’un des êtres les plus libres que l’on puisse imaginer. »

Très tôt, Mérida comprend cependant que le rythme cinétique obtenu avec la forme carrée n’est pas optimal. Selon lui, cette géométrie s’impose trop fortement au regard et relègue la matière — élément central de son travail — au second plan. Progressivement, la forme circulaire s’impose alors comme une évidence, permettant de placer la matière au premier plan de l’expérience visuelle.

L’exposition met ainsi en lumière ce dialogue permanent entre les œuvres carrées et circulaires qui traverse toute sa carrière.

De formes, de dimensions et de contenus variés, les œuvres présentées dans Rétroviseur sont animées soit par la main du spectateur, à l’image des Peintures Cinétiques, soit par un moteur qui les met lentement en mouvement, comme dans Cercle Orange Signalisation. Manuel Mérida utilise ainsi le potentiel du hasard pour créer des œuvres en perpétuelle transformation.

L’expérience du visiteur occupe dès lors une place centrale dans cette exposition. Qu’il s’agisse d’une activation manuelle ou d’un mouvement généré par un moteur, le spectateur est invité à participer pleinement à l’univers hypnotique de Manuel Mérida.