La confrontation entre l’ordre et le désordre constitue un élément fondamental du langage artistique de l’artiste vénézuélien Manuel Mérida. L’installation extérieure réalisée spécialement pour l’Espace Monte-Cristo s’inscrit dans la série Usuyuki, initiée par l’artiste en 1988, reconnaissable à son camouflage caractéristique composé de bandes rouges et blanches.
Le terme « Chantier », choisi par l’artiste pour cette œuvre, souligne précisément cette dichotomie entre ordre et désordre. En apparence chaotique, un chantier demeure pourtant un lieu où l’organisation est indispensable à la bonne réalisation du projet. En 2013, Manuel Mérida évoquait cette confrontation en ces termes :
« Le support et l’installation confrontent différentes tendances plastiques, telles que le constructivisme, l’informel et l’abstraction, en jouant entre le statique et le mouvement réel. Cette même confrontation se compose de matériaux variés — moteur, bois, métaux, tissus, carton, plâtre, cordes, etc. — exprimés à travers des formes organiques, dans un ensemble mêlant ordre et désordre, réuni en une masse unique, presque comme un camouflage, presque monochrome, cohérent dans ses matériaux et ses couleurs. Le mélange des matériaux, comme celui des courants artistiques, crée une situation plastique inédite et refuse le caractère passif de l’image stable, fixe et inerte. Les éléments fixes, l’improvisation, la dimension et l’adaptation à l’espace sont les composantes qui me conduisent vers l’énergie et une grande liberté. »
Ordre / Désordre (Usuyuki-Chantier) constitue la première installation extérieure de Manuel Mérida. Avec ses huit mètres de hauteur, elle est également la plus grande œuvre jamais réalisée par l’artiste.
À l’occasion de cette Carte Blanche, Manuel Mérida présente deux installations monumentales, l’une dans l’espace intérieur et l’autre dans l’espace extérieur. Dans cette salle, l’artiste poursuit ses recherches autour des installations Manuchrome, qu’il a déjà développées à plusieurs reprises :
« L’idée du Manuchrome est simple. À partir de grands cercles renfermant différentes matières colorées, l’œuvre de Manuel Mérida s’approprie l’espace et le mur. [...] Le mouvement réel est essentiel, sans lui les œuvres seraient en quelque sorte inexistantes. Le mouvement est fondamental dans le travail de Manuel Mérida afin de créer des situations de transformation semblables à celles que l’on observe dans la nature. Ce dispositif comprend également une extension colorée au-delà du mur, sur le mobilier environnant et tout ce qui l’entoure. L’œuvre de Manuel Mérida se prolonge généralement jusque sur les spectateurs eux-mêmes, vêtus de tenues “Manuchrome”, suggérant ainsi un écho chromatique sans limite, comme une éponge absorbant l’espace, la matière, les couleurs et les mouvements. »
Au sein de l’Espace Monte-Cristo, Manuel Mérida établit un lien non pas chromatique mais formel entre l’installation extérieure et celle présentée à l’intérieur. En effet, dans ce projet, la confrontation entre l’ordre et le désordre constitue le fil conducteur de l’ensemble de la Carte Blanche.
Dans les deux installations, le désordre apparent se trouve confronté à l’ordre rigoureux des cercles monochromes de Mérida ainsi qu’à la régularité des bandes rouges et blanches qui structurent l’espace. Cette tension permanente entre chaos et organisation devient ainsi le véritable moteur de l’œuvre.