Gramma

Alexis Hayère

17 Février - 31 Mars 2022

Diaporama

Espace Meyer Zafra a le plaisir de présenter la deuxième exposition personnelle de l’artiste français Alexis Hayère. Intitulée Grámma, cette nouvelle exposition réunit un ensemble inédit d’œuvres sur papier.

« Il existe dans le travail d’Alexis Hayère une volonté lucide de déconstruire les formes. Nourries par le constructivisme, le suprématisme, l’art concret ou encore le minimalisme, les œuvres singulières de l’artiste français entretiennent un dialogue étroit avec les possibilités d’articulation entre sculpture et peinture, formes et motifs, dessin et plasticité, ornement et écriture graphique. Un héritage qui se développe sur des frontières poreuses, en interrogeant nos habitudes de perception et notre compréhension de certaines formes artistiques.

Face à des œuvres telles que Il était ou Arbalétrier d’arêtier et contrefiche assis sur sabot d’angle, nous croyons d’abord percevoir une dimension architecturale, faite de tensions et de graphismes spatiaux soulignant les volumes d’un lieu. Puis, presque à notre insu, nous pénétrons dans un discours qui détourne la question de l’architecture pour l’étendre aux champs de la sculpture et de la peinture. Ce type de déplacement se retrouve dans l’ensemble des créations d’Alexis Hayère : les Triangulated Paintings, les Painted Sculptures ou encore les structures à l’encre présentées chez Espace Meyer Zafra.

Ces œuvres peuvent être considérées comme interstitielles ; leur dimension formelle côtoie constamment une réflexion philosophique. Elles nous invitent à circuler au-delà des apparences et des phénomènes perceptifs afin d’interroger la forme intelligible (Morphè) qui informe la matière. Si l’on parle de forme, la tradition platonicienne et aristotélicienne la distingue de l’aspect sensible des choses (Skhèma). Il est alors intéressant de réunir ces deux visions sans les opposer, afin de saisir des objets qui déjouent nos habitudes de perception de catégories traditionnellement séparées.

En laissant notre regard dériver dans les jeux graphiques et structurels élaborés par l’artiste, quelques questions surgissent immédiatement : qu’est-ce qu’une peinture lorsqu’elle engage la sculpture ? Qu’est-ce qu’une sculpture lorsqu’elle s’assimile à l’architecture ? Qu’est-ce qu’un signe lorsqu’il se construit sous la forme d’une structure ? Peut-on considérer ces catégories comme instables, hésitant entre emboîtement et assemblage, permettant une redéfinition de la forme, voire une « fusion » — terme revendiqué par l’artiste — entre des domaines habituellement hermétiques ?

Après ces interrogations qui déstabilisent nos schémas de perception, notre regard, tel un fil qui se déroule, se laisse porter par une véritable écriture. Si nous souhaitons insister sur cette dimension « écrite » du travail d’Alexis Hayère, c’est parce qu’il se lit comme un alphabet visuel presque héraldique. Ainsi, dans les séries d’encres sur papier ou dans Triangulated Painting 00, une dimension calligraphique traverse les lignes, les surfaces et les volumes.

Les manipulations géométriques s’organisent comme un jeu de tangram réinventé, particulièrement dans les Painted Sculptures et les Triangulated Paintings. L’écriture d’Alexis Hayère s’y déploie à travers une véritable conception des formes. Il nous semble que la forme des choses est ici façonnée par l’intermédiaire de signes qui dessinent l’espace à travers des séquences, des entrelacements et des propagations, se développant par torsions et étirements des volumes.

Cette démarche permet aux signes de dialoguer avec l’enchevêtrement, à la forme de converser avec les nœuds, et à l’art de devenir écriture. C’est pour ces raisons précises que les œuvres d’Alexis Hayère apparaissent comme une réécriture de l’espace. »

La Forme des choses
Texte de Ludovic Bernhardt, artiste et écrivain français.